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Dossier : "Urbanisme - énergie : les éco-quartiers en Europe"

Par Localiban | - mis à jour :

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Les exemples pratiques existants présentés dans ce dossier sont destinés aux autorités locales afin qu’elles puissent s’en inspirer pour construire des quartiers durables attrayants, sains et auto-suffisants. Le but de ce guide est donc d’identifier et de présenter des développements de projets éco-communautaires pionniers en Europe.

Interdépendants pendant longtemps, le développement territorial et l’approvisionnement énergétique sont dernièrement devenus étrangers l’un à l’autre, creusant un fossé significatif entre les tendances actuelles de l’urbanisme et ce qui serait souhaitable à l’avenir en matière d’énergie durable. Et si la solution résidait dans la réconciliation des développements local et régional dans le cadre d’un nouveau paradigme énergétique ? Il est certain que les autorités locales ont à jouer ici un rôle stratégique important.

Les exemples décrits dans ce dossier montrent le chemin. Les nouveaux quartiers qui se sont constitués ces dernières années dans des villes comme Hanovre, Freiburg, Helsinki, Londres et ailleurs sont tous des laboratoires pour notre futur.

Tous conjuguent un processus de planification intégré avec des taux (très) bas de consommation énergétique et des niveaux élevés d’approvisionnement en énergies renouvelables et décentralisées. De plus, tous se sont attachés à faire valoir l’importance qu’ils accordent à la qualité de vie. Comment les autorités locales peuvent-elles s’inspirer de ces exemples et les appliquer à leurs propres territoires ?

Nous estimons que les divers exemples décrits – bien que complexes – sont tous adaptables et reproductibles par n’importe quelle autorité locale européenne.

1. Introduction

L’évolution des questions d’énergie et de changement climatique pousse aujourd’hui les autorités locales à reconsidérer la façon dont elles développent leurs territoires. Ce lien entre développement des territoires et énergie est d’une importance stratégique : depuis des années, c’est l’approche de l’approvisionnement énergétique qui a déterminé les politiques sectorielles spécifiques (commerce, transport, agriculture, logement, etc).

Interdépendants depuis longtemps, le développement territorial et l’approvisionnement énergétique se sont peu à peu désolidarisés. Nous satisfaisons nos besoins énergétiques en recourant à des ressources toujours plus éloignées de notre lieu de vie, accroissant ainsi notre consommation de façon tout à fait irresponsable sans tenir compte de l’impact de nos comportements. La solution ne serait-elle pas précisément de réconcilier le développement local et régional avec les questions énergétiques ?

Il est vraisemblable que ce soit l’approche de bas en haut qui ait les meilleures chances de parvenir à cette réconciliation des territoires, leurs acteurs économiques et sociaux ainsi que l’ensemble de leur population avec la question énergétique. La responsabilité des décisions concernant l’énergie doit revenir aux niveaux local et régional pour garantir un développement énergétique soutenable ainsi que des modes de développement plus responsables, véritablement au service des besoins actuels des citoyens tout en préservant ceux des générations futures. Cette approche doit inclure à la fois les territoires moins vulnérables aux défis énergétiques et les territoires interdépendants, afin de faire décroître leur vulnérabilité – et celle de leurs habitants – en matière d’énergie et de climat.

Utopie ? Sûrement. Levier de changement ? Sans doute. Serait-il possible de se mettre à agir dès aujourd’hui, sans attendre les résultats d’interminables négociations internationales ? Certainement.

2. Vers un nouveau paradigme énergétique ?

Aujourd’hui (presque) plus personne ne conteste que l’énergie et le changement climatique constituent une source majeure d’inquiétude pour notre avenir. Cependant, toutes les courbes de consommation énergétique continuent à croître et il subsiste un énorme fossé entre les tendances de l’urbanisme contemporain et ce qui serait un avenir souhaitable en matière d’énergie. Ce qui peut s’expliquer par deux tendances territoriales :

1. La schizophrénie

Les attitudes schizophréniques prévalent même dans nos territoires. Les autorités locales savent en général quelle est la direction à prendre (à savoir, diviser par trois la consommation d’énergie et faire appel aux énergies renouvelables pour couvrir la majorité des besoins énergétiques à l’horizon 2050), mais elles n’agissent pas – ou trop timidement. Elles semblent ne pas savoir comment s’y prendre ou avoir du mal à imaginer un futur différent : elles continuent à traiter la planification urbaine, la construction et la mobilité selon des schémas hérités du passé et en se conformant aux habitudes actuelles plutôt que d’envisager le futur.
Les autorités locales n’ont pourtant pas d’autre alternative que le changement.

Elles disposent de fait de tout ce qui est nécessaire pour effectuer les changements requis : les technologies, les services, les règlements, les outils de réglementation du marché et les taxes fiscales, des ressources financières - parfois plus importantes qu’elles ne le savent- , et bien entendu, l’intelligence des hommes et des femmes qui les composent.
La relation entre développement de nos territoires et énergie est stratégique : depuis des années, c’est l’approche de l’approvisionnement énergétique qui déterminait les politiques sectorielles spécifiques (commerce, transport, agriculture, logement, etc). Après de longues années d’interdépendance, le développement territorial et l’approvisionnement énergétique se sont peu à peu désolidarisés. La solution ne serait-elle pas précisément de réconcilier le développement local et régional avec les questions énergétiques ?

2. Les initiatives sporadiques

Quelques initiatives nous ouvrent la route, cependant. Toutes sont des laboratoires pour notre futur ; elles conjuguent basse consommation et haut niveau de décentralisation en ce qui concerne l’approvisionnement, et attachent une grande importance au fait d’être des lieux agréables tant pour l’habitat que pour le travail. Pourtant ces exemples sont toujours isolés. Quand on atteint le consensus qui permet le changement, le défi est déjà important ; mais le niveau d’engagement général reste largement inférieur au minimum nécessaire pour obtenir un impact au niveau national ou européen. En réalité, afin d’entrer dans un nouveau paradigme des énergies renouvelables, des milliers d’autorités locales attendent de pouvoir s’impliquer dans un processus démocratique et une approche venant de la base (bottom-up).
Heureusement, les autorités locales ne doivent pas forcément de partir de zéro. Nombre de municipalités sont prêtes à s’engager de façon volontaire pour atteindre les objectifs fixés par l’UE.

3. Le rôle des territoires : le territoire est un lieu d’intégration

Pour les territoires, l’ « avenir désirable » et leur système énergétique deviennent le point de départ. Cet avenir doit du coup aussi devenir soutenable. Un territoire est un ensemble de différents secteurs, fonctions et acteurs. C’est un fait extrêmement important dont il faut tenir compte.

Pourquoi ? Parce qu’une haute qualité de vie dans les territoires ne jaillira pas de la simple juxtaposition des acteurs et des secteurs. Une bonne qualité de vie dans un territoire donné requiert un sentiment d’appartenance (sans lequel le développement territorial reste une pure abstraction). Il y faut un objectif suffisamment porteur de sens pour inspirer l’intégration des activités, des acteurs et de leurs aspirations. Le territoire est le lieu où se fait cette intégration et les autorités locales qui l’administrent en sont responsables ainsi que de son organisation, tout comme de la cohésion sociale qui règne en son sein.

En effet le territoire est ce lieu transversal où les divers secteurs interagissent et où les différents acteurs portent collectivement la responsabilité de s’organiser entre eux pour vivre ensemble. Privé de gouvernance, un territoire n’est plus qu’un espace sur lequel les activités et les gens sont juxtaposés au hasard, comme cela arrive malheureusement dans les endroits où il n’existe pas de planification urbaine ni rurale. Lorsqu’il est associé à une gouvernance, un territoire définit des règles, des droits et des obligations. Il ne se borne pas à intégrer des considérations à court terme, mais se préoccupe aussi du long terme. Le rôle des dirigeants d’un territoire n’est-il pas de transcender les pressions quotidiennes à court terme pour assurer une bonne qualité de vie aux habitants actuels ainsi qu’aux générations futures ?

Les autorités locales jouent un rôle majeur dans la réduction de la vulnérabilité des territoires, et peuvent peut-être même poser les fondements qui permettront le retour à une économie saine.

Les autorités locales disposent de tout le nécessaire pour effectuer les changements requis : des technologies, des règlementations, des outils financiers ainsi que des ressources souvent insoupçonnées, ainsi que – bien sûr – les capacités humaines.

La société de demain dépendra donc étroitement des capacités des autorités locales à :

• Passer à des modes de consommation d’énergie plus sobres,

• Recourir plus souvent à des sources d’énergie décentralisées ainsi que des modes de production intégrés (p.ex. co-génération de chaleur et d’électricité) sur les lieux de consommation plutôt que de faire appel à des modes traditionnels
systématiquement centralisés ou exogènes

• Engager la société entière, - et non pas que des spécialistes traditionnels de
l’énergie, qui se laissent obnubiler par les questions d’approvisionnement – à co- créer des solutions intégrées.

A tous les niveaux de l’administration et de la gouvernance à l’échelle internationale et européenne tout autant que locale et régionale, on se range aujourd’hui spontanément sous la bannière du développement durable, mais on se contente souvent de jouer sur son propre terrain, en donnant la priorité à sa logique institutionnelle propre, aux dépens d’une société globalement durable.

4. Dans quel genre de villes voulons-nous vivre ?

En 2050, les villes « facteur 4 » seront d’évidence assez différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. La différence majeure ne se remarquera pas forcément à première vue (compte-tenu de l’inertie du domaine bâti et du système de voirie), mais apparaîtra dans les modes de vie et dans l’usage que les habitants feront de la ville.

Voici quelques éléments souhaitables du profil de la ville « facteur 4 » :

• Non seulement les nouvelles constructions ne consommeront plus d’énergie fossile pour leur chauffage ni pour leur rafraîchissement mais elles produiront de l’électricité : architectures bioclimatiques, isolation externe, triple vitrage, etc. Tous les toits seront munis de panneaux solaires thermiques et photovoltaïques, en remplacement des actuelles tuiles. Chaque bâtiment sera systématiquement pourvu d’un garage à vélos.

• Les bâtiments anciens et très anciens auront réduit drastiquement leur consommation de chauffage, de façon à ne pas excéder 50kWh/m2/an (ce qui représente la moitié des exigences requises pour les bâtiments neufs).

• Toutes les installations de chauffage – quelle que soit leur taille – seront des systèmes de cogénération, c’est-à-dire qu’elles produiront à fois de l’électricité et de la chaleur.

• Il n’y aura plus de pénurie de carburant de chauffage, du fait du très faible impact des prix de l’énergie sur les coûts globaux du logement.

• On se déplacera à pied, en bicyclette ou en transports publics ; l’usage de véhicules privés sera réduit au minimum.

• Il n’y aura plus de trafic de transit motorisé dans les zones urbaines et l’espace commun aura été rendu au public ; tous les arrêts de bus ou de tram ou d’autres services de transport seront accessibles à pied ou en vélo. Les quartiers comporteront plus d’espaces verts pour permettre d’une part à la population de maintenir un contact avec la nature et d’autre part pour rafraîchir la température ambiante.

• La population et les acteurs locaux se trouveront plus étroitement impliqués dans la conception et la réalisation des projets urbains. L’extension d’une culture écologique à l’ensemble de la société aura réussi à transformer le comportement et les pratiques des consommateurs.

• De grands centres commerciaux et zones de loisirs seront implantés ou restructurés dans la périphérie des villes ; la pression exercée par l’importante réduction des déplacements automobiles créera un besoin de proximité, ce qui entraînera la réinstallation de l’industrie alimentaire et autres services de première nécessité dans les zones d’habitation.

• La concurrence entre entreprises, aménagistes, architectes etc. se fera sur la base du plus bas niveau de consommation d’énergie et d’émission de CO2.

• L’éclairage sera assuré par des LED à très basse consommation énergétique, dont la puissance s’adaptera à l’intensité de la lumière du jour.

• L’énergie viendra principalement de sources renouvelables (solaire, bois, géothermie, air) ou de récupération (déchets, cogénération). Les activités économiques seront directement liées à la production d’énergie, puisqu’on remplacera l’importation d’énergie par la création d’emplois locaux.

• De nouveaux liens ville-campagne assureront l’utilisation de la biomasse pour la production d’énergie. Par conséquent, l’aménagement des zones périphériques sera rediscuté de façon à limiter le gaspillage de l’espace. Les crises de surproduction agricole (particulièrement en matière d’alimentation) du siècle passé auront disparu et la demande d’espace agricole concernera la production de matériaux et d’énergie.

• Les municipalités se fonderont principalement sur les indicateurs d’énergie et de climat, tout comme les taux d’emploi, le nombre d’habitants et le niveau de sécurité. Les investisseurs, eux, prendront en considération les performances énergétiques et climatiques des territoires.

• Après avoir été marqué par l’accumulation de biens matériels (20ème et 21ème siècles), le système de valeurs s’orientera plus vers le bonheur de vivre, l’invention, la convivialité, la culture, etc. La culture du quantitatif et de l’uniformité cèdera la place au qualitatif et à la diversité.

• Etc.

On pourrait mentionner encore bien d’autres traits de ce genre et les autorités locales sont les mieux placées pour contribuer à cette utopie. Utopie ? Et si on renversait notre façon de voir : qui citera un seul des éléments ci-dessus qui ne soit réaliste ou souhaitable ? Qui déniera le fait que l’attrait des villes du futur sera précisément fondé sur les tendances décrites ci-dessus ?

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