Coopération décentralisée

Exposition "Une autre musique", à la Médiathèque de Lanester du 17 au 30 juillet 2008

Par Localiban | - mis à jour :

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Une conversation photographique dans le camp de réfugiés de Borj Ech Chemali.

Un projet de travail photographique mené par Simon Lourié et Yasmine Eid-Sabbagh, avec des jeunes du camp de Borj Ech Chemali. Leurs vies, leurs rêves et leurs préoccupations. Une musique en images inédites sur un camp palestinien au Liban, joué par ceux qui y vivent. Loin des représentations habituelles des palestiniens et d’un misérabilisme attendu, les jeunes nous proposent des regards neufs comme autant d’interrogations sur la vie dans le camp et leur avenir.

Une exposition qui a eu lieu à la Médiathèque de Lanester, du 17 au 30 juillet 2008.

Une atmosphère de village, les nouvelles et les ragots vont vite, le temps dure longtemps. C’est un espace oppressant, un huis clos à ciel ouvert. Enfermés dehors. Visuellement, les maisons ont cet aspect de construction temporaire, entre deux eaux, un empilement de parpaings nus, sans peinture, les fondations dépassent des toits plats pour construire un étage de plus quand un fils se mariera. Partout des portraits de leaders politiques et la carte de la Palestine. Un rêve fait que cette population a encore quelque chose à partager à part la misère ; « Un jour on rentrera chez nous », leitmotiv du réfugié, qui sait pourtant que cela fait plus d’un demi siècle qu’il attend, à quelques kilomètres de la frontière avec Israël.

Depuis l’année 2001 nous (Simon Lourié et Yasmine Eid-Sabbagh) sommes allés régulièrement dans le camp de réfugiés de Borj Ech Chemali au Sud Liban (Caza de Tyr (Sour)). Nous y menons une expérience photographique avec un groupe de jeunes filles et garçons qui font partie de la troisième génération de réfugiés qui naît au Liban, apatride. A travers les années, nous avons réussi à construire avec eux un dialogue imagé. Ils prennent des photos de leur quotidien et décrivent leur lieu de vie, mais essayent aussi d’exprimer leurs préoccupations, leurs espoirs et leurs rêves. Aujourd’hui les photographies que réalisent les jeunes dans le cadre des ateliers sont autant moyens d’expression et de prise de parole que des outils de prise de conscience, en confrontation avec leur univers visuel quotidien. Pour approfondir l’expérience et pour aller au-delà du simple projet participatif, tant pratiqué de nos jours, Yasmine a décidé en 2006 de vivre dans le camp pour pouvoir travailler plus intensément avec les jeunes.

Abou Wassim directeur de l’association Beit Atfal Assoumoud (Maison des Enfants de la Resistance) à Borj Ech Chemali a accueilli notre Atelier au dernière étage de son centre. L’Atelier est un lieu ouvert à tout le monde, un espace d’échanges. Les jeunes y viennent pour travailler sur leurs images, les éditer, et échanger leurs avis. Nous discutons des sujets que les jeunes choisissent et de chaque image en particulière. Ainsi se crée un dialogue autour de l’image, et de nouvelles photos viennent répondre aux précédentes et prolongent notre conversation.

Un jour Abou Wassim expliquait pour décrire les camps et ses enjeux qu’il fallait imaginer des gens avec des instruments, chacun en train d’essayer de faire le bruit le plus fort. Et pourtant disait-il, la musique a besoin de l’écoute, de la mélodie et de l’assiduité. Lui depuis plusieurs années encourage des jeunes a apprendre des instruments. Nous avons intitulé notre travail " Une Autre Musique ", une musique en images inédite sur un camp palestinien au Liban, joué par ceux qui y vivent. Loin des représentations habituelles des palestiniens et d’un misérabilisme attendu, les jeunes nous proposent des regards neufs comme autant d’interrogations sur la vie dans le camp et leur avenir.

UNE AUTRE MUSIQUE - Une conversation photographique du camp de Borj Ech Chemali

Eté 2001. Premières expériences dans les camps.

Nous avions vingt ans, plein de bonne volonté et des sacs remplis d’appareils jetables, nous animions des ateliers photo pour des jeunes filles et garçons dans six camps Palestiniens du Liban. L’idée était simple : évoquer leurs vies en images, photographier leur environnement quotidien. Un exercice d’une semaine dans chaque camp, photographier, sélectionner les meilleures images de chacun, et en parler.Contre toute attente, nous avons récolté cent films de cent jeunes âgés de sept à dix-sept ans. Leurs photos étaient poignantes. Retour en France.

Une sélection d’images issues de ce projet a été exposée dans plusieurs villes de France entre 2002 et 2004, et ont donné lieu à la création d’un site Internet : www.inthecamps.com

Printemps 2005. Nouvelle tentative.

L’expérience de 2001 avait été riche, mais nous laissait sur un sentiment d’inachevé. Comment développer un échange, un dialogue dans la durée, plutôt que de proposer un workshop ephémère ? Il fallait revenir dans les camps pour aller vers une forme plus élaborée de collaboration. Cette fois nous avons posé nos sacs dans le Sud, dans le camp de Borj Ech Chemali. Nous sommes aussitôt partis à la recherche des jeunes qui avaient participé à notre atelier quatre ans plus tôt. Certains étaient partis à l’étranger, d’autres s’étaient mariés, ou bien vivaient dans un autre camp. Une petite dizaine de jeunes ont accepté de renouveler l’expérience de façon plus intensive. Deux nouveaux sont venus spontanément se joindre à nous.Pendant un mois, nous disposions d’un lieu de rencontre, un atelier dans les locaux de l’association Beit Atfal Assoumoud où les jeunes pouvaient nous retrouver pour nous apporter leur dernier film et discuter leur choix de photos. Le travail avec un groupe plus réduit et notre présence sur place pendant plusieurs semaines a permis qu’un dialogue à la fois créatif et critique s’établisse avec ces adolescents. Retour en France.

Début 2006. Une sélection des images de 2001 et de 2005 sont présentés dans une installation audiovisuelle pour la première fois au Centre du Patrimoine Arménien de Valence en France.

Automne 2006. Yasmine part vivre au Liban.

A Borj Ech Chemali elle retrouve Ahmad, Susan, Ali, Fatemah, et Yasser. Ils sont toujours motivés pour continuer l’expérience. Chacun reçoit un vrai appareil, un Olymus µ-II. C’est la fin du « jetable ». Abou Wasim nous permet d’installer « l’atelier » au dernière étage du centre Beit Atfal Assomoud.
Nous avons envie de pousser encore l’expérience avec ces jeunes qui jusqu’à maintenant ont fait preuve de tant de détermination et d’énergie. Il nous semble important qu’ils soient impliqués dans toutes les étapes du processus créatif – de la prise de vue à la présentation des images - et qu’ils aillent au bout de leurs réflexions sur l’image en général et leurs images en particulier. Nous évoquons alors l’idée de travailler sur une exposition ensemble. Rapidement la décision est prise, cette première exposition doit avoir lieu dans le camp. Dans un premier temps, la réticence et la crainte dominent. Il faut le courage de dévoiler à la communauté locale des photos qui jusqu’à présent sont restées confinées aux quatre murs de l’atelier.
Finalement l’exposition a lieu en octobre 2007. En plein air, des tirages bruts collés aux murs. Un parcours fléché dans le camp. Des cadres faits de peintures. Des légendes écrites à la main, à même les murs. Ils ont osé confronter leur regard à celui des autres. Le jour du vernissage, les jeunes prennent conscience de leur travail, ils sont heureux de l’effort accompli.

Eté 2008. Voyage en France.

Cinq jeunes du projet initial et trois étudiants de la formation photo de l’Association Beit Atfal Assoumoud sont invités par la ligue de l’enseignement du Morbihan, en partenariat avec la Région Bretagne, le Conseil général du Morbihan et la Ville de Lanester pour venir présenter une partie de leurs travaux en Bretagne.
L’exposition de 2006, un récit sur l’exposition du camp, et une projection audiovisuelle sont présentés dans trois lieux : la Mairie de Lanester, la médiathèque et l’Espace jeunes.

Yasmine Eid-Sabbagh et Simon Lourié

La conversation photographique du camp de réfugiés Palestinien de Borj Ech Chemali est soutenue par la Fondation Arabe pour l’Image (Liban) et le Prince Claus Fund (Pays-Bas). L’atelier est accueilli par le centre Beit Atfal Assoumoud à Borj Ech Chemali (Sud Liban).

Présentation du groupe invité à Lanester

LES JEUNES

AHMAD, 17 ANS Ahmad est un jeune de son temps, il porte des vêtements à la mode et a souvent une casquette de base-ball vissée sur la tête. Il passe le plus clair de son temps libre dans un café Internet où il retrouve ses amis. C’est un garçon calme et sûr de lui, il s’exprime de façon claire et posée ; il dégage comme une impression de sérénité, chose assez rare chez les adolescents du camp. Il a une passion pour tout ce qui est graphique et esthétique et cela se reflète dans ces images.

ALI, 18 ANS Ali est un garçon plutôt timide et réservé à premier abord. Il a besoin de temps pour exprimer ses idées et ses sentiments. Il parle doucement et souvent à voix basse. C’est un garçon très croyant et pratiquant. Dans son travail photo il fait preuve d’une grand rigueur.

FATMEH, 17 ANS Fatmeh est si l’on peut dire la « comédienne » du groupe, généralement dans un genre plutôt comique… Fatemah est une jeune fille au large sourire qui adore raconter des histoires à dormir debout ; à chaque fois qu’elle manque un rendez-vous avec nous elle fait preuve d’une imagination débordante et d’un vrai sens de l’humour pour excuser son absence ou son retard.

HIBBA, 21 ANS Hibba est éducatrice au jardin d’enfant de Beit Atfal Assoumoud. Depuis cinq ans, elle a suivi plusieurs formations en photo et vidéo. Elle a voulu continuer un travail photo personnel.

MAHMOUD, 15 ANS Mahmoud est le plus jeune participant. Il est timide et calme. Ces photos, par contre, sont fortes et poignantes. Elles transmettent son sens de l’observation.

MOHMAD, 19 ANS Mohamad suit l’apprentissage en photo et vidéo au centre du Beit Atfal Assoumoud. Il vient à l’atelier quand il est libre, et toujours avec un grand sourire. Il est ami de tout le monde, rend des services quand il peut. Ses photos en font preuve.

NISREEN, 20 ANS Nisreen est très studieuse. Elle veut devenir graphiste. Elle pose alors toujours beaucoup de questions pour comprendre, mieux faire et inventer des nouvelles images. Dans son temps libre elle ecrit des poèmes et dessine. Un jour elle voudra combiner les trois arts.

YASSER, 19 ANS Yasser est issu d’une famille de 15 enfants. Ses plus grandes soeurs sont parties vivre à Beyrouth ou à l’étranger. Son père est un professeur retraité des écoles de l’UNRWA, qui n’a rien perdu de sa soif d’apprendre et joue un role importante dans la vie de son fils. Yasser a hérité de sa foi dans l’éducation et l’apprentissage ; c’est un garçon studieux qui fait passer ses études avant toutes choses. Dans ses photos Yasser insiste toujours sur leurs messages. Ses images sont liés à la Palestine.

LES ACCOMPAGNATEURS

ABOU WASSIM (MAHMOUD AL JOMAA) Abou Wassim est le directeur du centre de Borj Ech Chemali de « Beit Atfal Assommoud ». L’association possède une action assez large, elle dispose de classes maternelles et d’une garderie, elle dispense des cours d’apprentissages aux nouvelles technologies pour les jeunes adultes, et offre des soins médicaux et une aide alimentaire aux plus démunis. Personnage charismatique, il fait preuve d’une dévotion totale pour sa communauté et tente jour après jour de lutter pour améliorer les conditions de vie et d’éducation dans le camp.

FADI SOLEIMAN Fadi Soleiman travaille avec Yasmine depuis 2007. Passionné de photographie et très attaché à la mémoire du camp, il participe activement à la recherche et l’archivage d’images de familles et de studio dans le camp. Il assiste aussi à l’enseignement dans l’apprentissage photo. C’est lui qui reprendra le flambeau, le jour que Yasmine quittera le camp.

LES PHOTOGRAPHES

YASMINE EID-SABBAGH Yasmine Eid-Sabbagh est une photographe d’origine Libanaise qui a grandit entre la France et l’Allemagne. Diplômée de l’école Nationale Louis Lumière, elle s’intéresse très tôt aux différentes démarches participatives en photographie. Elle est l’auteur d’un DEA intitulé : « De la collaboration en photographie. Une approche critique de la photographie participative ». En 2006 elle décide de partir vivre au Liban pour approfondir le projet d’ « Une Autre Musique ».

SIMON LOURIE Simon Lourié est photographe, il vit et travaille à Paris. Après des études d’Histoire contemporaine à la Sorbonne, il se consacre pleinement à la photographie. D’abord porté vers le reportage, il travaille aujourd’hui dans une démarche plus distanciée, toujours liée à des thématiques politico sociales.

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Revue de Presse de l’événement

Source : Rubrique 1006