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Gestion des déchets solides au Liban : Coûts considérables, résolution en suspens

Par Localiban | - mis à jour :

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Les Libanais se retrouvent face aux échecs des gouvernants, qui se sont succédé au pouvoir depuis la fin de la guerre civile et qui n’ont pas su mettre en place de justes mesures sociales et économiques pérennes, pour éviter que la situation globale du pays ne se dégrade. Avec une dette publique en constante croissance, qui atteint des niveaux alarmants (68 milliards USD), un chômage endémique et un effritement des services publics de base, tels que l’eau, l’électricité, la santé et l’éducation. Les tas d’ordures accumulés à Beyrouth et dans près de 225 villes du Mont-Liban, reflètent un dysfonctionnement gouvernemental préoccupant. Cette « crise des déchets », qui dure depuis plusieurs semaines sans signes de résolution à l’horizon, ajoute un problème de plus au quotidien des Libanais.

Quantité et répartition des déchets au Liban

Selon les estimations, une personne au Liban produirait en moyenne entre 900 grammes et un kilogramme de déchets par jour, rapporté à l’ensemble du pays cela fait environ 4 500 à 5 000 tonnes d’ordures ménagères quotidiennes (la population du Liban est estimée à près de cinq millions d’habitants, ce chiffre inclus les Syriens et Palestiniens).

À titre de comparaison, on estime à un kilogramme la quantité d’ordures ménagères quotidienne générée par une personne en Europe.

Voir aussi : L’Union Européenne et la gestion des déchets.

Répartition géographique :

  • 2 300 à 2 500 tonnes de déchets sont générées à Beyrouth et dans 225 villes et villages du Mont-Liban (contrat avec Sukleen). Cela représente près de la moitié des ordures générées au Liban.
  • 300 tonnes à Saida et les villages voisins.
  • 400 tonnes de Nabatieh et le reste du Liban-Sud.
  • 800 tonnes dans le Nord et Aakkar.
  • 600 tonnes dans la Beqaa et Baalbek-Hemel.

Composition des déchets

Malgré quelques différences selon les gouvernorats (mohafazah) et districts (Qada’a), ils se composent ainsi :

  • 60 % de matières organiques, qui peuvent être compostées pour réduire la quantité de déchets à éliminer,
  • 20 % de papiers et cartons,
  • 2 % de matières plastiques,
  • 5 % de verre,
  • 4 % de métaux.

Les quatre derniers types sont recyclables et peuvent être réutilisés dans les industries locales. Les déchets restants qui sont non compostables, non réutilisables et non recyclables devraient en principe être mis en décharge, pour être éliminés dans le sol ou en surface en respectant des normes élevées de protection de la santé humaine et de l’environnement. Ils représentent entre 360 et 400 tonnes d’ordures quotidiennes selon les estimations.

Problèmes

Malgré ces quantités importantes de déchets et les risques sanitaires et environnementaux qu’elles représentent, l’Etat Libanais n’a jamais réussi à élaborer un plan national, en vue de leur élimination. Il a simplement mis en place plusieurs mesures pour certaines zones et transféré le problème aux municipalités dans les autres (cf. Tableau 1). Une grande partie des déchets, ne sont pas traités et sont jetés ou abandonnés dans divers endroits ou encore éliminés dans des décharges non équipées.

Voir aussi : La forêt de Raboué, un dépotoir nauséabond à ciel ouvert.

Méthodes d’élimination des déchets par les municipalités - Tableau 1
Qada’a Région Méthodes d’élimination Problèmes signalés par les municipalités
Beyrouth Beyrouth Sukleen -
Baabda Baabda Sukleen -
Aaley Saoufar Sukleen -
Jbeil Fidar Les ordures sont transférées sur le site de Ghafrine pour le tri Le site n’accepte pas le carton
Matn Roumieh Sukleen -
Chouf Damour Sukleen -
Kesrouane Aajaltoun Sukleen -
Tyr Chehour Les ordures sont transférées sur un site public pour le tri et l’incinération -
Jezzine Jezzine New Trading and Contracting Company (NTCC). La société est en train de lancer un projet d’1 million de dollars (USD) en coopération avec l’Union Européenne en vue de d’établir une usine de tri à Jezzine, 25% du projet a déjà été réalisé. -
Saida Majdelyoun NTCC -
Aakkar Aakkar El Aatiqa Une décharge publique payante, que chaque personne peut utiliser. Les déchets sont jetés dans une décharge hors du Aakkar. Veoclean offrira de nouvelles machines pour le traitement des déchets solides et investira dans ce projet pendant dix ans avant de le transférer à la municipalité. Les fonds nécessaires pour le transfert des ordures ne sont pas disponibles.
Batroun Batroun Sukleen -
Koura Bechmizzine Les déchets ne sont pas triés et sont jetés et brûlés dans une décharge locale. -
Tripoli Mina Les déchets sont recyclés. -
Bcharreh Hadchit Les déchets (environ quatre tonnes) sont transférés à un site pour y être brûlés. Craintes que le site de Hamat soit prochainement fermé.
Minieh-Danniyeh Minieh Les déchets sont déversés dans des sites se trouvant dans les montagnes avoisinantes. L’Union Européenne va financer un projet d’1 million de dollars (USD) pour le tri et le recyclage des déchets. La mise en œuvre du projet débutera lorsque le terrain où l’usine sera construite sera préparé. -
Bent Jbeil Maroun Er Ras Pas de tri des déchets ou de recyclage. Les déchets sont transférés dans des petits camions à un site local où ils sont incinérés. Problèmes dans la collecte de déchets, peu d’utilisation de sacs plastiques par les habitants pour jeter les ordures.
Zahleh Chtaura Les déchets sont transportés à Zahleh où ils sont triés et recyclés. -
Baalbek Nabi Chit Les déchets sont triés, recyclés et brûlés. -
Beqaa Ouest Saghbine Les déchets sont brûlés à proximité du centre de la zone. Il y a des projets pour la mise en palce du tri et du recyclage, mais les moyens nécessaires font défaut pour le moment. -

Les options de gestion mises en place au Liban rendent la situation problématique, car elles sont principalement axées sur une mise en décharge ou un déversement dans des sites aléatoires, sans réelle prise en compte des principes de prévention et réduction, de tri, de réutilisation et d’élimination finale optimale. Elles risquent de transformer le Liban en un grand dépotoir, à l’heure où l’élaboration d’une stratégie globale s’avère indispensable.

Voir aussi : Guide de l’Union Européenne pour la gestion des déchets en montagne.

Le tri et le recyclage permettraient de réduire la quantité des déchets destinés à être éliminés dans le sol à moins de 10 % (environ 450 tonnes). Pour exemple, pour 2020, l’Union Européenne s’est fixée comme objectif un taux de tri des déchets ménagers de 50 %, l’Allemagne a déjà atteint un taux de 47%.

Malgré ses inconvénients écologiques, la mise en décharge ne peut être totalement écartée et restera vraisemblablement une des options disponibles pour l’élimination d’une partie des déchets. Il importe qu’elle se fasse en respectant des règles élevées de protection de la santé et de l’environnement.

Voir aussi : Interview de Charbel Nahas sur les ondes de Sawt el Chaab à propos de la crise des déchets… Des municipalités et analyse générale de la situation.

L’autre volet du problème est le coût élevé de la collecte et traitement des déchets, environ 120 dollars (USD) par tonne, qui empêche beaucoup de municipalités d’assurer pleinement leur rôle et les laisse face aux déficits ou à l’incapacité de financer le traitement des ordures.

Voir aussi : L’enjeu du financement des municipalités Libanaises.

Quelles que soient les raisons, l’absence de tri, de traitement, la fermeture de la décharge de Naameh, l’incapacité à trouver de nouveaux sites d’élimination, elles ne devraient pas rimer avec un entassement d’ordures dans les rues ou dans des sites non adaptés.

Voir aussi : Guide « Coopération décentralisée et gestion des déchets ».

Sources : Adaptation en français, de l’article paru en langue arabe dans The Monthly, publié par Information International SAL